A la une : Ensemble pour imaginer : une démarche participative innovante

publié le 15 janvier 2016

Transflash Déc 2015 / Jan 2016 (n°402)

Transflash a interrogé Sébastien Noll (Transdev) et Brigitte Guichard (Semitag)

Le projet "Chrono augmentée" est une démarche participative à travers laquelle les usagers imaginent l’aménagement d’une ligne de bus dans un quartier de Grenoble. Ce projet piloté par Transdev en partenariat avec la Semitag émane du Laboratoire Grenoblois
d’Expérimentation des Mobilités. Transflash a interrogé Sébastien
Noll (Transdev) et Brigitte Guichard (Semitag).

En quoi consiste "Chrono augmentée" ?
À Grenoble, les habitués du quartier Bouchayer-Viallet ont pu imaginer le futur environnement de la ligne de bus Chrono C5 qui dessert le quartier,
en utilisant une tablette numérique l’application tactile "Unlimited Cities", en français "Ville sans limite", développée par la start-up UFO. C’est une première, une nouvelle manière de consulter la population sur des projets de transports urbains. L’idée est de libérer la parole, de stimuler la créativité, de favoriser la participation citoyenne aux prises de décisions dans les projets urbains. À partir de photos réelles, on peut mixer de multiples critères : place laissée aux mobilités, configuration d’arrêts, signalétique et guidage, présence de la nature… En quelques minutes, les participants accompagnés de médiateurs ont pu produire leur simulation idéale, qui viendra alimenter le projet final. Plus de 1 000 contributions ou "mix" ont ainsi été captées in situ de mai à juillet 2015. Les sondés sont séduits par cette co-production, initiée par la Sémitag et le Groupe Transdev.

Comment cette démarche a-t-elle vu le jour ? Et pourquoi avoir choisi le quartier de Bouchayer-Viallet et la ligne de bus Chrono C5?

Si les lignes Chrono se caractérisent par un haut niveau de service, elles pêchent par une visibilité encore faible alors que le tramway bénéficie, lui, d’un fort pouvoir d’attractivité : les stations et les rails sont visibles, les arrêts sont devenues des lieux de rendez-vous même si on n’utilise pas le service. Nous cherchons à appliquer ces recettes aux lignes de bus Chrono, en travaillant sur des éléments visuels et d’ambiance pour mieux visualiser les axes, les arrêts. L’objectif est de faire connaître ces lignes pour augmenter leur fréquentation. C’est tout le sens du travail de co-production mené autour du projet "Chrono Augmentée".

Le quartier Bouchayer-Viallet traversé par la ligne Chrono C5 était un terrain idéal pour notre démarche. Il s’agit d’un quartier en pleine mutation (activités récentes de restauration, nouvelles implantations d’entreprises, salle de concert, salle d’escalade…) où certains aménagements urbains restent encore à concevoir. En termes de fréquentation, la ligne Chrono C5 (Grenoble <> Gières) est en constante progression depuis son lancement en septembre 2014 avec en moyenne, 13 400 voyages par jour.

Quels sont les acteurs mobilisés autour de ce projet?

La SEMITAG, exploitant du réseau TAG, le SMTC, autorité organisatrice et la start-up UFO sont les partenaires principaux du projet. Mais pour la réussite de la démarche, nous avons mobilisé de nombreux acteurs du quartier : entreprises, sites culturels et sportifs, écoles, commerces… Dans un tel projet, tout participant est un partenaire !

Quels sont les principaux résultats et ceux qui vous ont le plus surpris?

Nous analysons actuellement les plus de 1 000 mix récoltés et serons en mesure de présenter des résultats très prochainement, mais certaines tendances se dégagent déjà. On voit par exemple que les participants se sont montrés certes créatifs mais en restant raisonnables. En matière d’aménagement, ils ont plutôt plébiscité des dispositifs pratiques et dans l’air du temps comme, par exemple, une signalétique au sol avec boussole directionnelle.

Compte tenu de l’ampleur et de la diversité des contributions à la démarche, comment va se dérouler le choix définitif d’aménagement de la ligne sur ce quartier ?

Nous allons analyser les propositions recueillies pour essayer de dégager les éléments les plus plébiscités, qui pourraient raisonnablement être mis en place "grandeur nature", en collaboration avec la collectivité, la Semitag et les autres acteurs concernés. Après la phase numérique, nous allons donc attaquer la phase physique, avec l’objectif de mettre en place des aménagements d’ici à l’été 2016. Là aussi, chaque étape sera menée en concertation avec les acteurs locaux (école d’architecture, entreprises…).

Quel bénéfice escomptez-vous à court et moyen terme pour vous d’une part et pour les habitants du quartier d’autre part ?

La démarche participative et les résultats obtenus sont à eux seuls déjà des bénéfices ! Nous souhaitons que les aménagements qui pourront être mis en place suite à cette consultation répondent aux attentes du plus grand nombre et participent à l’attractivité de la solution de mobilité que représente la ligne Chrono concernée.

Comment prévoyez-vous de maintenir les relations avec les habitants?
Les habitants vont rester acteurs de la démarche tout au long du projet. Les restitutions et les consultations sont un élément fort d’animation de notre méthode.

Quelles leçons tirez-vous de cette expérience et cette approche vous semble-t-elle de nature à modifier à l’avenir la réflexion amont sur le tracé des lignes?

"Chrono augmentée" nous a permis de consulter différemment celles et ceux qui utilisent nos services aujourd’hui ou les utiliseront demain. Avec cette consultation 2.0, Transdev replace la ligne de bus dans un environnement urbain qui favorise son attractivité et son rôle social dans la cité. La thématique de la mobilité a en effet toute sa place dans le cadre des réflexions menées autour de l’aménagement d’un secteur alors que, par le passé, les solutions de mobilité n’ont pas toujours été considérées comme des éléments moteurs dans l’aménagement d’un quartier et n’ont pas toujours pu s’intégrer entièrement dans leur environnement. La mobilité est pourtant bien un élément moteur et central, au cœur des préoccupations des habitants et utilisateurs du lieu. C’est pourquoi il convient d’intégrer les solutions de mobilité dès l’amont. Rendre un quartier facile à marcher permet aux habitants de s’intéresser à leur environnement et donc à l’offre de transports proposée. En profitant de la restructuration en cours du quartier Bouchayer-Viallet à Grenoble, nous avons pu penser la mobilité simultanément au projet urbain et non pas après-coup.

● Contact : Sebastien.Noll@Transdev.com


Télécharger Transflash n°402 - Décembre 2015 - Janvier 2016 (format pdf - 5 Mo - 18/01/2016)