A la une : Morbihan : dans 20 ans, des maisons individuelles sans voiture individuelle?

publié le 24 février 2016

Interview de Ludovic Devernay, délégué territorial, Direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan

Transflash Février 2016 (n°403)

Vous avez organisé une journée d’échanges et de prospective sur la maison individuelle dans 20 ans, en partenariat avec le Syndicat National des Aménageurs Lotisseurs (SNAL), l’Union des Maisons Françaises (UMF) et le Cerema. Pourquoi ce sujet et ce partenariat?

Écocité du pré vert à Saint-Nolff (56) - Une expérimentation de maisons individuelles détachées de la voiture - MENGUY § Territoires en mouvement architectes

Nous sommes partis d’un constat : aujourd’hui, nous arrivons à concevoir des projets de quartiers innovants et durables, les « écoquartiers », mais nous butons sur la difficulté d’y insérer les modèles de maisons individuelles proposés par les constructeurs (place des fenêtres, garage obligatoire, positionnement au milieu de la parcelle…). C’est pourquoi nous souhaitions contribuer à une dynamique d’innovation pour des modèles de maisons qui répondent aux critères des écoquartiers tout en restant économiques.
Parallèlement, la maison individuelle tend à se transformer : évolution de la cellule familiale, complexification du foncier, impératifs écologiques nécessitant des constructions performantes, bouleversement des aspirations à la propriété lié au numérique (logements partagés, location chez le particulier, covoiturage).


Pour évoluer avec ces mutations, il est préférable de savoir où l’on va, c’est - à - dire d’imaginer l’avenir de la maison individuelle à long terme. Après avoir discuté avec le SNAL et l’UMF, la démarche de prospective est ainsi apparue comme la plus adaptée et nous avons conçu ensemble une journée d’échanges et de réflexion d’anticipation sur les évolutions de la maison individuelle. Le Cerema nous a apporté son expertise avec un ouvrage récent sur « Maison individuelle et qualité urbaine : vers des opérations d’aménagement contextualisées », réalisé en partenariat avec le SNAL et l’UMF. Enfin, le sociologue Stéphane Chevrier a proposé une approche socioculturelle stimulante.
80 acteurs ont participé à cette journée d’échanges et de prospective : des constructeurs, des aménageurs, des maîtres d’œuvre, avec qui nous avons partagé ce temps de réflexion.

Quels sont les enjeux de mobilité autour de la maison individuelle dans le
Morbihan?

Les 600 000 habitants du Morbihan sont peu concentrés dans les cœurs des agglomérations (Vannes et Lorient). La gratuité de l’ensemble des infrastructures routières permet de se déplacer facilement en voiture et la maison individuelle s’est beaucoup développée. Avec cet éparpillement de l’habitat, les distances de déplacement ont augmenté. Notre réflexion sur la maison individuelle est ainsi très liée aux questions de mobilité.

Dans les écoquartiers, nous avions constaté que les porteurs de projet ne dissociaient jamais maison et voiture, estimant que les habitants ne voudraient jamais acheter une maison sans pouvoir y garer leur voiture.
En abordant ce sujet en dehors d’un projet réel, à partir de l’élaboration
commune de futurs fictifs, nous avons pu ouvrir d’autres possibilités,
notamment celle de séparer la maison de la voiture.

Pouvez - vous nous en dire davantage sur cette fiction de maison individuelle séparée de la voiture?
À partir de signaux faibles dans les comportements actuels et des possibilités des technologies numériques, comme AirBnB ou Blablacar, nous avons imaginé que, dans 20 ans, la voiture et la maison ne feraient plus l’objet d’un désir de possession. Pour la jeune génération, la liberté ne sera plus synonyme de possession (d’une voiture, d’un logement) mais de légèreté par la location ou le partage, permettant de s’adapter plus facilement aux différentes étapes de la vie et de « zapper » d’une solution à une autre. Ainsi, on a pu imaginer une offre résidentielle constituée d’un pack alliant logement et offre de service de mobilité grâce aux traitements numériques. Dans ce système, logement et voiture sont géographiquement détachables : ce sont des services consommables et modifiables en continu.

Plus largement, les différentes visions du futur sur lesquelles nous avons travaillé concernant la maison individuelle sont très imbriquées avec les questions de mobilité : Et si l’habitat partagé devenait majoritaire ? Et si l’auto - entrepreneuriat et le télétravail se généralisaient, quelles conséquences sur les choix résidentiels et sur la mobilité?

Quel a été l’apport de cette réflexion collective?
Au fil des discussions sur les différentes fictions, nous avons compris qu’à l’avenir l’association de la voiture et la maison individuelle pourrait être dépassée. Ainsi, en réunissant des mondes différents (État, expertise
urbaine, sociologie, monde privé de la construction et de l’aménagement), nous sommes arrivés à construire des visions de l’avenir pouvant modifier nos stratégies professionnelles respectives et les entrepreneurs ont fait preuve d’inventivité pour un avenir durable. Lorsqu’on travaille ensemble, l’appropriation de la réflexion est beaucoup plus forte et chacun prend conscience des changements à préparer.
Ce nouveau positionnement de l’État a été apprécié pour son approche collaborative.

Pour en savoir plus : www.bretagne.developpement-durable.gouv.fr
Contact : Ludovic.Devernay@morbihan.gouv.fr - 02 97 85 64 75
Interview réalisée par Florence.Bordere@Cerema.fr - 04 72 74 58 27


Télécharger Transflash n°403 - Février 2016 (format pdf - 3.3 Mo - 24/02/2016)