Bretagne : une démarche de prospective participative

publié le 19 juin 2015

"Pour construire une vision globale de la mobilité”
Transflash Juin 2015 (n°398)

"Pour construire une vision globale de la mobilité”

Interview d’Anne - Lise Jaillais, chargée d’études prospective à la DREAL Bretagne et Dominique Le Roy, chef de l’unité Études et prospective à la DREAL Bretagne

60 acteurs, 4 journées d’atelier : comment est née cette démarche de prospective participative pour construire une vision globale de la mobilité en Bretagne ?

Dans une région où près de 3 déplacements locaux sur 4 se font en voiture
(source : Enquête Nationale Transports Déplacements 2008), la DREAL et les
quatre DDTM de Bretagne ont souhaité développer une réflexion sur la mobilité et élargir son approche à d’autres angles que celui des infrastructures, tout en prenant du recul par rapport aux préoccupations quotidiennes de chacun. La mobilité constitue en effet un nœud entre de nombreuses problématiques dans tous les territoires : aménagement, économie, habitat, environnement. Dans ce contexte, nous avons proposé d’organiser un espace de débat et de travail collectif, réunissant acteurs territoriaux et État local sur la mobilité en Bretagne à l’horizon 2035.

Ainsi, de février à mai 2015, 4 journées d’ateliers ont réuni environ 60 acteurs bretons : collectivités (1/3), services de l’État (1/3), acteurs des transports, de l’économie et du monde associatif (1/3). À cette occasion, 15 intervenants d’horizons variés (universitaires, chercheurs, professionnels) ont apporté leur expertise et leur expérience autour des 4 thèmes suivants :

  • les nouveaux usages et pratiques de la mobilité (4 février à Rennes) ;
  • les freins à la mobilité (5 mars à Saint - Brieuc) ;
  • les nouvelles temporalités des mobilités (9 avril à Vannes) ;
  • l’organisation territoriale et la structuration des flux (19 mai à Quimper).

Quelles ont été les principales productions de cette mobilisation, portée par une méthode originale ?

Signe de l’intérêt pour une telle démarche, les acteurs sont restés mobilisés tout au long du cycle d’ateliers et ont contribué à la réalisation de productions riches et variées telles que :

  • des projets phares innovants ;
  • des portraits de ménages associés à des bouquets de solutions de mobilité ;
  • 4 scénarios de gestion du temps et de la vitesse par les individus et les territoires ;
  • des cartes prospectives ;
  • un arbre de synthèse des enjeux.

Nous avons capitalisé et mis à disposition sur internet ces productions au fur et à mesure sous différentes formes (affiches, notes courtes et livrets de synthèse) et nous les valoriserons par des outils de diffusion de formes encore différentes par la suite (cahier d’enjeux et de prospective, interviews filmées, journée de restitution…).

La richesse et la variété de cette production reposent sur quelques points forts caractérisant la méthode originale déployée :

  • un équilibre entre apport d’expertises (matin) et d’expériences (après - midi) et coproduction collective : les 4 journées d’ateliers ont offert aux participants une occasion précieuse pour se plonger dans l’écoute d’apports extérieur s de manière concentrée, alors que chacun est submergé par l’information quotidienne diffuse. Par la diversité des participants, l’atelier a été l’occasion de moments privilégiés d’ouverture aux approches des autres, y compris dans les temps informels de la journée. Enfin, l’animation de la production collective a su stimuler l’imagination nécessaire à la prospective. Ainsi, par cet équilibre, la démarche d’ensemble bénéficie de l’apport des participants et chacun bénéficie de l’apport de la démarche d’ensemble ;
  • l’organisation des ateliers par une équipe - projet regroupant DREAL, DDTM, PUCA et consultants : cela permet une diversité des points de vue, des méthodes employées et des formes des productions attendues ; cela permettra aussi un portage élargi des résultats par la suite ;
  • une approche mettant l’humain au centre de la mobilité : travail sur les freins à la mobilité pour les habitants, sur les tendances sociétales comme le vieillissement, sur les modes de vie, sur la gestion du temps par les ménages… En rupture avec une approche plus technique, cette approche par l’humain interroge le sens de la mobilité pour les individus et pour le collectif.

En quoi cette démarche questionne - t - elle la place des acteurs publics pour organiser un bouquet de solutions de mobilité au cœur d’un vrai contrat territorial ?

Nous repartons des ateliers avec une vision nouvelle, élargie, notamment avec la conviction que les solutions de mobilité nécessitent une imbrication de partenaires à la fois individuels, collectifs, privés, publics. Dans cette imbrication, les nouvelles technologies s’appuyant sur les données à travers les smartphones, les véhicules, l’information multimodale, prennent une place grandissante, qui pourrait être monopolisée par des offres de marché. Si les politiques de mobilité veulent répondre à des aspirations d’équité sociale et de lien social, il est important de s’interroger sur le rôle des acteurs publics dans un contexte global où les offres privées innovent, foisonnent et cherchent à s’implanter massivement dans les territoires.

Quelles principales leçons tirez - vous de cette expérience ?

Aujourd’hui, les 4 journées d’atelier ont permis un éveil, des échanges, des débats, l’expérimentation de méthodes de production et de créativité collective. Nous avons vu que nous étions capables d’innover ensemble, c’est important de voir qu’il est possible de débloquer des situations insatisfaisantes en proposant de nouvelles choses. C’est une dynamique nouvelle qu’il faut soutenir.

Au-delà de la phase productive de cet atelier de prospective régionale, un prochain numéro de Transflash prendra des nouvelles de la diffusion de la démarche et des conclusions qui en auront été tirées.

Télécharger Transflash n°398 - Juin 2015 (format pdf - 5.4 Mo - 02/07/2015)