La fermeture du grand tunnel du Chambon perturbe les déplacements dans la vallée de la Romanche

publié le 19 janvier 2017

Transflash Décembre 2016 - Janvier 2017 (n°409)

Au fond de la vallée de la Romanche, une route unique (RD1091) relie Grenoble et Briançon (et plus loin l’Italie). Au niveau de la rive droite de la retenue du barrage hydroélectrique du Chambon., le grand tunnel du Chambon, d’une longueur de 756 mètres, permet de traverser un éperon rocheux.

En 2013, le trafic sur cette portion de la RD1091 était en moyenne de 2 400 véhicules par jour (les deux sens confondus), avec des pointes jusqu’à 10 000 véhicules par jour lors de certaines saisons touristiques.

La voûte effondrée du tunnel en juillet 2015
La voûte effondrée du tunnel en juillet 2015
© Cerema Centre-Est

Suite à un glissement de terrain de grande ampleur (environ 600 000 m³) qui a rendu le tunnel instable, le Conseil Départemental de l’Isère (CD38) a décidé de fermer l’ouvrage d’art de manière préventive à partir du 10 avril 2015.

Cette coupure a eu de lourdes conséquences sur la vie quotidienne des 800 habitants des communes de La Grave et Villar d’Arène et sur l’économie locale, en particulier le tourisme. Le nouveau tunnel a été ouvert mi-décembre 2016. La finalisation des travaux est prévue pour fin 2017.

Glissement de terrain

Le glissement de terrain à l’origine de l’effondrement du tunnel a sans doute commencé à l’automne 2014 et a connu deux « crises » en juillet 2015 : le glissement s’est déplacé de 20 à 25 mètres, parfois à grande vitesse, et 100 000 m³ de roches sont tombés dans le lac. Il reste aujourd’hui 500 000 m³ de roches instables sur le versant de la montagne, qui continuent à se déplacer à des vitesses de l’ordre de quelques millimètres par jour.

Que s’est-il passé ?

Pour faire face au phénomène de glissement de terrain survenu en 2015, le CD38, EDF et l’État ont mobilisé les géologues de leurs services techniques (dont ceux du Cerema Centre-Est) afin d’identifier, d’interpréter les phénomènes géologiques en jeu et de prévoir leur évolution dans le temps. Cet appui technique au Préfet de l’Isère et au Président du CD38 a notamment permis d’ajuster au mieux les mesures prises pour la continuité des déplacements locaux dans la haute vallée de la Romanche.

Dans l’attente du rétablissement définitif de la RD1091, plusieurs solutions ont été proposées aux usagers :

  • Déviation via Gap (par la RN85 et RN94) ou via le tunnel du Fréjus (A43), pour la liaison entre Grenoble et Briançon (temps de trajet rallongé de 70 km par rapport à l’itinéraire direct), en bénéficiant de tarifs préférentiels négociés par le Pays du Grand Briançonnais et le Conseil Départemental des Hautes-Alpes auprès des sociétés concessionnaires de l’ouvrage (même temps de parcours que l’itinéraire direct).
  • Navettes lacustres entre les rives orientale et occidentale de la retenue du Chambon. Pour des raisons de sécurité, ce dispositif a dû être interrompu durant plusieurs semaines à cause du glissement de terrain. Entre mi-août 2015 et fin novembre 2015, le service des navettes lacustres a pu être assuré 7 jours sur 7, sous la surveillance permanente d’une vigie et avec la présence des SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) de l’Isère et des Hautes-Alpes, sur trois plages horaires (matin, midi et soir), jusqu’à la mise en service de la route de secours (cf. ci-contre).
  • Navettes héliportées (durant la période d’interruption de la navette lacustre : juillet à août 2015), sur deux plages horaires (matin et soir), notamment pour les 75 habitants des Hautes-Alpes travaillant en Isère. L’unique hélicoptère assurant la navette pouvait transporter 4 à 5 personnes par rotation.
  • Solution pédestre. Durant l’été 2015, les déplacements entre les rives orientale et occidentale de la retenue du Chambon n’ont été parfois possibles qu’à pied par des sentiers de randonnée dans les versants raides de la retenue. Cependant, les sentiers ont souffert des orages de l’été et des crues. Ils ont surtout été temporairement fermés pour raisons de sécurité lors des périodes de grands déplacements du glissement de terrain, interdisant ainsi tout déplacement entre les deux parties de la vallée.

Pour rétablir au plus vite la circulation routière dans la vallée, le CD38 a mené de front plusieurs chantiers :

La tête du tunnel côté Hautes-Alpes avec le glissement de terrain en arrière-plan
La tête du tunnel côté Hautes-Alpes avec le glissement de terrain en arrière-plan
© Cerema Centre-Est

-* Travaux de confortement dans le tunnel mais l’effondrement partiel de la voûte de l’ouvrage a conduit à l’abandon de ces travaux.

  • Mise en place d’une route de secours (RS1091) en rive gauche de la retenue du Chambon. Dans un premier temps, cette route a été réservée aux seuls usagers locaux, puis, après quelques mois d’exploitation et à partir de l’été 2016, elle a été ouverte également pour le tourisme local. Compte tenu de ses caractéristiques géomé- triques et de son exposition à certains risques naturels (avalanches, chutes de pierres et de blocs, etc.), cette route de secours n’a pas pu constituer une solution définitive pour le rétablis- sement de la route départementale.
La route de secours RS1091
La route de secours présente un linéaire de 5300 m et une largeur de 5 m (localement 3,5 m, soit une seule voie) et a nécessité de lourds travaux de confortement et de sécurisation pour le passage d’un éperon rocheux. La décision de réalisation a été prise le 23 juin 2015 ; les travaux ont débuté fin juin 2015 et ont été menés 6 jours sur 7 pour une mise en service le 24 novembre 2015 (soit un peu plus de 7 mois après la fermeture du tunnel). La circulation sur cette route est limitée aux véhicules de moins de 3,5 tonnes et de moins de 8 m de long.
  • Construction d’une route départementale définitive en rive droite de la retenue du Chambon. Différentes options ont été envisagées : réparation du tunnel, percement d’un tunnel de dérivation profond, construction d’un viaduc. Le CD 38 a finalement décidé de percer un tunnel de dérivation. Ce choix a été validé il y a un an par l’ensemble des financeurs (CD38, État, Région Auvergne-Rhône-Alpes et Région Provence-Alpes-Côte d’Azur). Le percement du nouveau tunnel a débuté en mai 2016 et s’est achevé fin octobre 2016.
plan de la zone
plan de la zone
© CETU

Contact Cerema Centre-Est : Laurent Dubois
Correspondante locale Cerema Centre-Est : Sandira Saniel


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