Montpellier 2040, la prospective pour réinvestir l’espace urbain

publié le 11 février 2014

"La ville comme gymnase à ciel ouvert" : un nouvel angle pour penser les déplacements de demain

Interview de Nicolas Roubieu, Directeur du Projet urbain, de la Ville de Montpellier.

Pourquoi avoir lancé des travaux de prospective sur votre territoire ?

Montpellier grandit vite. C’est une chance. Mais la ville ne doit pas subir sa croissance. Elle doit l’anticiper, la guider au service d’une vision pour l’avenir, un projet urbain sur le long terme. Montpellier a déjà su se doter d’une stratégie forte. Pendant trente ans, elle a organisé une planification urbaine fondée sur une politique foncière anticipatrice et une maîtrise publique de l’aménagement sous la forme de ZAC. Ce modèle a fait ses preuves, notamment en matière de mixité sociale et de compacité des formes urbaines. Mais ce modèle atteint certaines limites aujourd’hui. La donne a changé. Les gisements fonciers, en particulier, ne sont pas infinis et la ville-centre doit désormais se projeter en mobilisant de nouvelles ressources ; celles du recyclage urbain. La reconversion du site militaire de l’École d’Application d’Infanterie (EAI) dont la conception a été confiée à l’architecte Adriaan Geuze en fournit un exemple emblématique. Plus largement, c’est toute la ville qui doit s’engager dans un processus de réinvestissement urbain, de densification raisonnée. Ce processus est une inflexion dans la stratégie montpelliéraine. Il exige une réflexion globale et une mise en débat avec les habitants. C’est le sens de la démarche Montpellier 2040.

Comment la démarche a-t-elle été menée ? Quels acteurs ont été associés ?

La démarche conduite avec les architectes Paola Viganò et Bernardo Secchi s’est efforcée de rendre accessible au plus grand nombre les termes du débat sur la ville de demain. Bien au-delà des élus et des experts qui ont bien sûr été pleinement associés à la réflexion, la méthode retenue a consisté à partir des réalités de terrain pour construire une stratégie. L’équipe Secchi Viganò Mensia s’est installée à Montpellier où elle a animé, pendant un an, une véritable fabrique du projet urbain. « L’urbanisme se fait avec les pieds » nous a dit d’emblée Bernardo Secchi. Mot d’ordre que nous avons mis en pratique en organisant des promenades urbaines dans tous les quartiers, avec les habitants. Cet arpentage de la ville fut l’occasion de partager des diagnostics, de révéler des lieux délaissés ou des ressources à valoriser. Il fut surtout l’occasion de nouer un dialogue sincère avec les Montpelliérains ; un dialogue qui s’est poursuivi lors d’ateliers autours de maquettes et dans le cadre d’assises réunies à chaque étape clé de la démarche.

Quels sont les premiers enseignements de cette démarche, quelle vision est proposée pour Montpellier, notamment en lien avec le secteur des transports ?

Faire grandir la ville sur la ville implique une grande ambition en matière d’espace public. Il y a là sans doute un défi majeur pour Montpellier. Car l’espace public y est rare - la ville n’a pas connu de grands tracés - et exposé à de fortes pressions, notamment liées à l’usage de la voiture. L’idée n’est pas de concevoir une ville « no car », mais bien de donner, à l’occasion de chaque aménagement, l’avantage aux modes alternatifs et, en particulier, aux mobilités actives : marche et vélo. Montpellier est une ville jeune, ensoleillée, équipée d’un réseau de tramway attractif. Elle dispose des atouts pour inscrire sa politique de mobilité dans une stratégie de ville du bien-être, de la santé pour tous. La ville comme un gymnase à ciel ouvert : voilà peut-être un nouvel angle pour penser les déplacements demain.

Quel usage est-il prévu de faire de ces résultats, en lien avec l’action publique ?

L’élaboration d’un nouveau PLU en constituera une première traduction. Le PLU doit en effet exprimer le projet urbain. Et je défends l’idée d’un « PLU 3D », c’est-à-dire un PLU apte à accompagner les transformations de la ville de manière fine, contextuelle et concertée. Plus concrètement, il nous faudra amplifier le travail de recyclage urbain ; qu’il s’agisse de la mobilisation des grands gisements fonciers, à l’instar de la reconversion du site de l’EAI, de la rénovation des grands ensembles énergivores ou de la revitalisation du patrimoine ancien. D’autres évolutions sont devant nous. En matière d’espace public notamment, Montpellier va devoir se doter de nouvelles méthodes pour que la qualité urbaine ne soit plus réservée aux seules ZAC, mais bien déployée à l’échelle de la ville. C’est l’idée, avancée par le projet urbain, de conduire « 100 petits projets » dans tous les quartiers, avec les habitants.