Que sera la smart city dans 5 ans ?

publié le 5 décembre 2017

Retour sur la conférence « Smart cities : quels business models ? Finançons les transformations de la ville » du 20 novembre 2017 à l’Hôtel des Arts et Métiers à Paris, co-organisée par les clubs professionnels Mines Aménagement et Construction, X-Ponts Pierre et l’Institut G9+.


La conférence s’est ouverte sur une keynote de Carlo Ratti, Directeur du SENSEable City Lab au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Selon lui, la voiture autonome offre un véritable potentiel d’optimisation du trafic urbain grâce au fait qu’elle pourrait être mutualisée et servir successivement à plusieurs passagers sans avoir à être stationnée, donc faire baisser le nombre total de voitures dans la ville. Elle limiterait également les congestions en rendant les feux tricolores obsolètes, grâce à sa capacité à franchir les intersections sans s’arrêter tout en évitant les autres véhicules (voir ici une simulation en vidéo sur youtube).

Ensuite, une première table ronde a réuni François Goulette, Conseiller municipal à la Ville d’Antony, Julie de Pimodan de Fluicity (plateforme d’engagement citoyen), Léthicia Rancurel du Tubà de Lyon et Isabelle Scuiller de Bordeaux Métro Pulse (tous deux des living labs d’innovations urbaines). Le constat dressé par les intervenants est que la smart city en France est mûre pour ce qui est de l’optimisation de ses infrastructures grâce à l’utilisation de capteurs et l’exploitation des données issues de ces capteurs (voir ici un retour d’expérience sur la rentabilité de certaines technologies).

En revanche, les villes ne savent pas encore bien faire participer leurs habitants aux décisions publiques et, de plus, un récent sondage a montré une défiance des Français à l’égard du modèle de la smart city. Il y a donc un besoin de mieux travailler avec les habitants en dépassant le blocage culturel de la participation citoyenne. Il faut également veiller à l’utilité sociale effective des projets. Une généralisation de l’approche partenariale des projets, avec les entreprises, et un meilleur accompagnement de l’innovation sur le long terme pour lui permettre de se développer au-delà de l’expérimentation sont également souhaités. Pour faciliter ces évolutions, un label « villes intelligentes » pourrait être un catalyseur.

Gabrielle Gauthey, Directrice des investissements et du développement local à la Caisse des Dépôts, est ensuite intervenue sur la question des biens communs, rappelant la nécessité d’identifier les infrastructures numériques essentielles à conserver dans le giron public, pour permettre à l’innovation future de s’exprimer sans être étouffée par la mainmise d’acteurs déjà en place.

Par exemple, sur la question des réseaux, doit-on s’engager avec un seul opérateur ou créer un « opérateur d’opérateurs » neutre et ouvert ? Sur ce point, Rennes a par exemple choisi d’être propriétaire d’infrastructures telles que la fibre optique pour les bâtiments publics, ce qui, de plus, s’est révélé financièrement avantageux.

Enfin, une deuxième table ronde a réuni Isabelle Baraud-Serfaty, consultante en économie urbaine, Emmanuel François de la Smart Building Alliance for Smart Cities, Jean-François Penciolelli de GFI informatique, vice-président d’Advancity, et Norbert Friant, responsable du Service Numérique de Rennes Métropole.

Cette table ronde a permis de constater que, dans ce nouveau monde où l’économie ne se fonde plus sur la propriété mais sur l’usage et où les métiers se « floutent », chaque acteur dépassant le cadre de son métier historique, les acteurs qui prendront le dessus seront ceux qui auront un maximum de clients et qui pourront exploiter des données de masse liées à l’usage grâce à l’intelligence artificielle.

Par Florent Boithias - Directeur de projet Villes et territoires intelligents au Cerema